— Mme Michu, un café ?
— Ok ! Pas de problème comme ça la réunion commencera plus vite. Comme d’habitude, on va regarder les chiffres de la semaine dernière qui sont loin d’être fameux. Pour ce qui est du montant des ventes qui, je vous le rappelles, devait être en progression de 15 % cette semaine, vous êtes à peine à 5 % ! Génial, non ? Vous avez quoi à dire ? Qu’est-ce qui c’est passé ?
— Vous pensez que les gens n’ont plus d’argent ? Et qu’est ce qui vous fait dire ça ? D’ailleurs, on ne vous demande pas de penser, mais de vendre. On a un stock de cirage blanc à vider, je vous le rappelle. Et qui achètes du cirage blanc ?
— Les mères de familles. Bravo ! Et pourquoi elle achète du cirage blanc ?
— Pour leurs enfants. Double bravo ! Vous m’avez l’air assez intelligente aujourd’hui Mme Michu, dommage que ce soit pas tous les jours comme ça. Enfin bref ! Sinon à part le fait qu’il n’y ait plus d’argent dans le panier de la ménagère, vous comptez sur Obama pour le remplir ? Vous êtes des vendeuses en chaussures et toutes sortes d’accessoires pour celle-ci. Alors, vous faites quoi ?
— Et oui, Mme Michu, vous vendez des chaussures et des accessoires. Mais vous le faites mal, ne souriez pas Nicole, c’est pas mieux pour vous. Pourquoi vous n’êtes qu’à 15 % de ventes conclues quand vous êtes seule dans le magasin. Vous vous tournez les pouces ou quoi ?
— La rentrée des classes s’est une période fastes pour nous normalement. On remplit les caisses ce qui nous permet de traverser l’hiver tranquille jusqu’au printemps et surtout jusqu’aux soldes! Mais là, vous allez devoir me vendre de la sandalette au mois de décembre sinon c’est fermeture définitive et chômage pour tous le monde.
— Le deuxième point habituel, les chiffres de cette semaine. J’attends de vous une progression du montant des ventes de 20 % ! Et oui les filles, ça va pas être facile, mais si vous vous arrangiez aussi, ça passerai mieux. Mme Michu, vous pensez pas que votre mèche est d’une autre époque ? Comment voulez-vous vendre des chaussures au top de la mode avec un look des années 80. Non ?
— Et vous, Nicole, vos jupes raz la… Ne venez pas vous plaindre d’attraper un rhume de cerveau avec ça. Et franchement, vous pensez que vos péages à varice intéressent les clientes, vous pourriez les cacher derrière des collants. Non ?
— Oui Mme Brigitte! Vous avez raison Mme Brigitte ! Et oui c’est mon prénom, mais ne l’usez pas en vous défendant avec si peu d’argument.
— Donc je me répète, une progression du montant des ventes de 20 %. Alors, vous allez m’en vendre de l’accessoire. Du porte-clé, du cirage, blanc de préférence, des chaussettes, des chiffons. Bref je vous fais pas l’inventaire du magasin !
— Sinon pour ce qui est des ventes conclues, j’attends de vous 30 % de ces fameuses ventes infructueuses. Pour ça, il va falloir modifier deux trois trucs. Pour vous, Nicole, des jupes moins courtes et des collants feront l’affaire. Mme Michu, ça va être plus dure. Déjà, il faut absolument que vous coupiez cette mèche et puis s’il vous plaît, achetez une crème de jour pour vos poches sous les yeux, c’est plus possible, on dirait Droopy. Pour les vêtements, ça va à peu près, Mme Michu. Par contre, c’est quoi ce sourire que je vois depuis quelques temps ? Vous avez enterré quelqu’un dernièrement ? Il va falloir me changer tout ça, ça fait peur aux enfants. Et vous, Nicole, depuis quand on sert la clientèle avec un chewing-gum dans la bouche ? C’est n’importe quoi, jetez ça moi tout de suite.
— Pour terminer avec vous deux, plus de position avachie sur le comptoir, on est pas au balto les filles là. Plus de lecture de magazine pendant le travail, vous avez déjà bien trop de temps libre pour faire ça ! Et surtout, et surtout, un bonjour aimable et accueillant quand le client rentre et un au revoir quand il sort, même s’il n’a rien acheté, c’est par votre faute, pas la sienne.
— Voilà, c’est à peu près tout ce que je voulais vous dire. Vous pouvez ouvrir le magasin.
— Et je vous en pris Mme Michu coupez moi cette mèche horrible !
Et non, Mme Michu ne travaille pas chez France Télécom, mais bien dans n’importe quelle entreprise devenue l’esclave d’une rentabilité.






Et oui, dans beaucoup d’entreprises, on entend les mêms commentaires, malheureusement. Le profit avant la vie de l’employé! Même si certains patrons ou « managers » sont plus aimables que d’autres, ce qui, il me semble peut permettre de mieux fonctionner!
Bien sûr que tous les cadres ou manager (nouvel appellation) ne sont pas des Mme Brigitte. Pourtant quand on écoutes le monde…
Ouch ! Je te rassure, je ne suis pas une madame Brigitte, mes salariés m’en sont témoins. En même temps, je ne vends pas des chaussures…