
Par le rejet de la loi « création et internet », mais aussi par la lettre des « cinq gus » de gauche, nous pourrions nous poser la question de la rémunération des artistes et du rôle qu’ils jouent dans la société. Dans un monde où tout se vend et tout s’achète, quel prix devons-nous payer pour accéder à la culture et comment faire pour que ce savoir puisse se développer en dehors de toutes notions d’économies de marché ? Les différents gouvernements ont réussi cette exception française de garder une culture forte et libre, mais les artistes attendront-ils que la loi « création et internet » soit voté pour repenser leur rémunération ?
Finalement, un artiste chante-t-il pour l’argent ou parce qu’il a un message ou un conviction artistique. Un auteur écrit-il pour arrondir ses fins de mois ou pour transmettre un savoir, une connaissance. Un comédien joue-t-il parce qu’il est habité.
La motivation première de tout artiste est d’induire une émotion chez son public et d’obtenir l’universalité d’un message pour qu’il soit compris par tous. Il ne cherche pas forcément le profit et l’argent, mais plutôt le plaisir que cela peut provoquer ou la gène que cela va causer. Pour cela, il a deux moyens. L’indirect (le CD, le livre, la peinture, la photo, etc.) et le direct (le concert, la dédicace, la performance).
L’indirect qui ne le rapproche de son public que par la distribution à grande échelle, ce qui implique une industrie et qui dit industrie dit économie de marché. Le direct qui lui permet d’être en phase avec son public, mais qui nécessite aussi une industrie (production, location de salle, etc.).
Alors qu’est ce qu’internet pourrait changer entre l’artiste et son public?
Dickens écrivait ses romans en livraison de quelques feuillets qu’il publiait à intervalle plus ou moins régulié dans différents journaux de son époque. Ce mode de publication lui permettait d’avoir une plus grande interaction avec ses lecteurs. Ainsi, si il n’aimait pas tel personnage, les ventes s’en ressentaient et inversement si il y avait empathie avec un autre. Pour l’auteur d’Oliver Twist cela lui permettait de comprendre quelques personnages il devait mettre en avant et quelque autre il devait oublier.
Aujourd’hui, internet est dans pratiquement toutes les maisons et l’interaction qu’il provoque est d’ores et déjà reconnu. Pour l’artiste avide de lien avec son public, il est une chance non négligeable, il lui permet d’avoir un rapport direct avec ses fans ou de nouveaux auditeurs. La musique ainsi créée pourrai directement partir de la maison du créateur pour arriver dans le salon de l’internaute, il n’y aurai alors plus d’industrie et de rapport d’argent. Chacun pourrai être artiste à ses heures et chacun pourrai être libre d’écouter ce qu’il veut sans que cela soit filtrer par les grandes oreilles des majors.
Pour leurs rémunérations, les artistes pourraient se poser la question de leur rapport à l’argent. Dans un premier temps, l’art ne devait pas avoir de prix, mais une valeur historique, émotionnel, revendicative. Bref un poids différent de celui du kilo de pomme de terre. Mais avec l’économie de marché toutes les règles ont changées. Chaque chose a une valeur, et chaque valeur a une chose qui lui correspond.
Si il est facile, entre guillemets, de savoir le prix d’une voiture en fonction d’un tas de paramètre (matière première, ouvrier, etc.), quand est-il du prix d’une chanson? Comment calcule-t-on le coût de reviens d’un album? Comment calcule-ton le taux horaire d’un artiste?
Toutes ces questions sont gentiment réglé par la SACD, la SACEM et autre qui se charge de calculer la rémunération des artistes en fonction principalement des recettes de leur production.
Dans l’utopie que propose internet, et surtout dans celle de la licence globale, chacun rajouterai 3 euro sur le prix de son abonnement et ainsi aurai accès à la totalité de la culture. Fin septembre 2008, il y avait 18,3 million d’abonnés à internet ce qui fait un revenu complet à 54,3 million par mois. Aux différentes sociétés d’artistes de diviser cette somme. Malheureusement, dans ce monde là, il n’y a plus de major, mais qu’un public qui devra apprendre à sélectionner seul la musique, les livres, les films qu’il veut.
Le charbon est mort aux profit de l’électricité. L’essence disparaîtra pour une énergie plus propre. Mais les majors ne disparaîtront pas et continueront de nous vendre du rêve à grand échelle et à grand profit. Les artistes, qui ne veulent finalement que protéger leur oeuvre de la copie sauvage, ne font que s’éloigner de leur public en diabolisant internet et en ne le considérant que comme un moyen de plus de se faire de l’argent. Sont-ils plus heureux parce qu’il ont des villas et des grosses voitures ? Sont-ils heureux parce que leurs comptes en banque débordent ? Où seraient-ils plus heureux si ils avaient un public de plus en plus large et de plus en plus connaisseur ?
Crédits photos: Magasin de vynil par fensterbme, iTunes Album Covers Collection par Enol.
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